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16. März 2018

L'Amérique selon Olivier Messiaen

von Philippe Olivier

Oiseaux et nature à l’état brut: L’Amérique selon Olivier Messiaen

L’homme était réservé et un peu étrange. Il portait des chemises hawaïennes et – en hiver – de longs cache-nez multicolores, tricotés par son épouse, la pianiste Yvonne Loriod (1924–2010). Il vivait dans un immeuble assez modeste du 18e arrondissement de Paris, où il collectionnait des minéraux posés au milieu de vitrines de verre. Des éclairages spéciaux les mettaient en valeur. Ces minéraux venaient de régions éloignées du monde, de sites naturels demeurés à l’état sauvage où Olivier Messiaen (1908–1992) – il s’agit évidemment de lui – s’était rendu. Il avait, depuis les années 1930, la passion des randonnées, des marches parmi les forêts et les montagnes. Cet homme avait en lui de l’explorateur, du Jules Verne. Il était allé, ainsi, jusqu’en Nouvelle-Calédonie ou en Terre de feu, la pointe sud de l’Argentine. Il adorait les espaces immenses, cadres des « couleurs d’un paradis perdu » pour citer ses propos pendant une émission de télévision.

Bryce Canyon Bryce Canyon

Les États-Unis étaient aussi, à cet égard, une destination appréciée de Messiaen. Il les connaissait depuis 1949, année de la création mondiale de sa Turangalîlâ-Symphonie à Boston, sous la direction de Leonard Bernstein. Sa célébrité y était devenue telle qu’il fut même ensuite invité à la Maison-Blanche. Il rencontra outre-Atlantique la mécène Alice Tully (1902–1993), cousine de l’actrice Katharine Hepburn et – surtout – héritière de l’industriel ayant obtenu le brevet des récipients en Pyrex.

En 1971, Alice Tully passa commande à Messiaen d’une œuvre destinée à célébrer – en 1974 – le bicentenaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis. L’ancienne cantatrice tenait à un compositeur français dans la mesure où la pensée de philosophes comme Montesquieu avait soutenu le processus d’émancipation de la domination anglaise. […] En 1972, tandis qu’il travaillait déjà à l’œuvre objet de la commande et qui comporterait douze éléments disposés au long de trois parties, Messiaen traversa l’Océan atlantique. Il visita l’Utah, un État de l’Ouest de l’Union fameux pour ses paysages grandioses. Il fut particulièrement frappé par ceux-ci, comme par les chants des oiseaux qu’il eut alors l’occasion d’y entendre.

Ce catholique ardent trouva, dans les uns et les autres, une manifestation renouvelée de ce qui était pour lui la présence divine. […]  Messiaen met en première position dans l’œuvre plusieurs instruments solistes : un glockenspiel, un xylorimba – constitué de lamelles de bois –, un cor et un piano. Comme à l’accoutumée, ce dernier était confié à Yvonne Loriod, exceptionnelle virtuose qui se faisait entendre dans le monde entier avec les œuvres de son époux. La partie de piano solo est, avec celle de cor solo, l’une des caractéristiques les plus spectaculaires distinguant Des canyons aux étoiles. Si l’on examine sa partition, on y voit imprimés le nom de divers oiseaux, les éternels amis de Messiaen. Le piano, donc. Chargé de cadences éblouissantes, il s’adonne à des portraits d’oiseaux. Se montrent, dans les deuxième, quatrième, neuvième et dixième parties, quatre passereaux. […] 

Notation de chants d'oiseaux Notation de chants d'oiseaux

Un autre protagoniste essentiel durant Des canyons aux étoiles est un cor solo chargé de jouer son sixième élément connu sous le titre d’Appel interstellaire. Il constitue une page imposante, à la fin de laquelle sont intégrés les appels de deux nouveaux oiseaux : la grive de Verreaux et le troglodyte des canyons. […] Le verset 18 du Livre de Job ayant inspiré à Messiaen l’Appel interstellaire est le suivant : « Ô terre, ne couvre pas mon sang, et que mon cri ne trouve pas où se cacher ! » Des canyons aux étoiles constitue également un parcours parmi les splendeurs naturelles de l’Utah. […] Les coloris de Bryce Canyon flattaient le phénomène neurologique – la synesthésie sonore – que le compositeur ressentait en permanence : il voyait toutes sortes de couleurs en entendant des sons comme en lisant une partition.

Bryce Canyon Bryce Canyon

Quant à Zion Park, autre destination touristique connue des amoureux américains de la nature, il se trouve apparié à la cité céleste, métaphore utilisée par les théologiens chrétiens pour désigner la Jérusalem éternelle. […] À ces leitmotivs se joint la foi ardente de Messiaen. Se dépeignant lui-même comme « né catholique », il menait la vie d’un moine médiéval. Dans une société occidentale vide de spiritualité, il méditait chaque jour les Saintes Écritures, retrouvait chaque fois qu’il le pouvait les claviers de l’orgue de l’église parisienne de la Trinité dont il était le titulaire depuis 1931, se rendait à la messe, entendait les vêpres ou les complies, lisait les Pères de l’Église. En 1974, l’année même de la création mondiale de Des canyons aux étoiles, Messiaen avait eu très peur devant les manifestations estudiantines françaises et devant les essais nucléaires ordonnés par le président Georges Pompidou. Par contre, il préférait concevoir le monde comme un espace inhabité et sauvage, celui dépeint en 1801 par François-René de Chateaubriand (1768–1848) dans Atala, roman à la gloire d’indigènes de la Louisiane se convertissant au christianisme.

Doté d’une valeur universelle pour le compositeur, il explique la présence, au numéro 9 de Des canyons aux étoiles [Le moqueur polyglotte], de quatre nouveaux oiseaux. Ils sont omao, leiothrix, elepaio, shama.

Le premier et le troisième habitent les Îles Hawaï, leiothrix la Birmanie, shama à Madagascar et aux Seychelles. Tous chantent, comme durant le tableau du prêche aux oiseaux contenu dans l’unique opéra de Messiaen qu’est Saint François d’Assise, la gloire de la Création. Ils disposent aussi de la possibilité relative de se rapprocher des étoiles. Dans un pareil contexte, les canyons sont la terre. Les étoiles sont l’un des attributs du ciel. […]

Olivier Messiaen observant les oiseaux dans les Alpes françaises Olivier Messiaen observant les oiseaux dans les Alpes françaises

Vivant à Berlin, l’historien franco-allemand Philippe Olivier (*1952) a publié une trentaine de livres. Deux de ceux-ci ont été préfacés par Pierre Boulez et Wolfgang Wagner. Dernier ouvrage paru: Quelle politique culturelle pour demain ? Les dangers de la gentrification. (Hermann, Paris). Philippe Olivier a connu et fréquenté Olivier Messiaen.

Konzerte

  • 21.03.2018 19:00 Uhr, Dating:

    Dating & «Messiaen: Des canyons aux étoiles»

    Liegt in der Vergangenheit

    Ensemble intercontemporain
    Ensemble of the Lucerne Festival Alumni
    Matthias Pintscher direction
    Jean-François Zygel commentaires, piano (première partie)
    Hidéki Nagano piano

    Erster Teil: Moderiertes Konzert (in französischer Sprache) (19:00)

    Zweiter Teil: Aufführung der vollständigen Komposition (20:15)

    Von den Schluchten bis zu den Sternen reicht Olivier Messiaens imposantes Loblied der Erde, das selbst von umfassender Schönheit und Transzendenz ist. Die Kunstmäzenin Alice Tully gab das Werk 1971 zur 200-Jahrfeier der US-amerikanischen Unabhängigkeit bei dem französischen Komponisten in Auftrag. Während des Komponierens verbrachte dieser einige Zeit in Utah und ließ sich dort von der überwältigenden Landschaft inspirieren. Gemeinsam mit dem Ensemble intercontemporain stellt Jean-François Zygel Des canyons aux étoiles im ersten Teil des Abends vor; im zweiten Teil erklingt die Komposition vollständig mit einer visuellen Interpretation der Lichtkünstlerin Ann Veronica Janssens, die wiederholt mit Anne Teresa De Keersmaeker, der diesjährigen Künstlerin des red bridge project, zusammengearbeitet hat.

    Kulturpass, bienvenue!

    Avec le soutien de Swiss Re – partenaire des Lucerne Festival Alumni
    Dans le cadre du «red bridge project»