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08. April 2020

the art of conducting | Emmanuelle Haïm

von Saskia Müller-Bastian
 

[English version below]

 

Comment évolue le rôle du chef d'orchestre en fonction du répertoire?

Le rôle du chef dans mon répertoire est très particulier. Moi je suis claveciniste. J'ai joué dans l'orchestre, je continue à jouer dans l'orchestre la plupart du temps. Donc c'est un rôle un peu différent, je pense, quand on vient de cet instrument et qu'on dirige, parce qu'on est musicien parmi les musiciens. Par exemple, si on prend des opéras de Monteverdi où en réalité il n'y a pas de chef, c'est à dire qu'il faut coordonner les choses, organiser les choses et ensuite, il faut vraiment ne pas diriger. On va avoir un grand groupe de continuo avec plein de gens improvisant, alors oui il faut quelqu'un pour coordonner un peu cette improvisation collective, jusqu'à la laisser se faire. Donc, on va être dans un rôle de «non-dirigeants», dirons-nous. On est quand même capitaine du navire. Éventuellement, on a choisi le répertoire, on a choisi le programme, on a choisi la distribution, on a organisé les répétitions, on doit conduire tout ça. Donc certes on est quelqu'un qui mène un projet d'un bout à l'autre et en même temps on est aussi musicien avec les autres, ce qui, je trouve, nous donne une relation aussi d'égal à égal, si on parle de cette esthétique là. Si on va vers un répertoire plus tardif, on sait que Rameau dirigeait plutôt son plateau que son orchestre. Il avait des gens qui étaient un peu des relais. Donc, ce rôle de chef, il a été constamment en évolution. Moi je pense que ce rôle-là, il va certainement continuer, mais il est multiforme. Si on parle d'un opéra, avec des gens qui sont très, très loin sur un plateau, une fosse très enfoncée, par exemple, il y a absolument besoin d'un chef. Ça c'est certain.

Être musicienne parmi musiciens, cela signifie-t-il que vous pouvez créer une relation de confiance particulière?

Ça a toujours été une relation de confiance, donc je ne peux pas dire que ce soit une relation qui ait changé. Nous, on a aussi beaucoup de projets de musique de chambre. Donc on alterne. Parfois on se retrouve deux violonistes, dont le violon solo et puis un des premiers violons. Ça donne des relations aussi très différentes. On réfléchit beaucoup au répertoire et chacun a sa spécificité sur le plan recherche musicologique, que je partage avec plaisir. Et derrière nous, on a énormément de répertoires qui nous enrichissent et qui approfondissent le travail qu'on peut faire.

Qu'est-ce qui vous motive avant de monter sur scène?

Moi, je dirais que c'est l'envie qui m'aiguillonne. L'envie de partager ça collectivement avec tous les interprètes qui sont là, qui chacun a des motivations et des raisons un peu différentes et puis tout d'un coup on va grouper un peu toutes ces énergies là dans soit le spectacle ou le concert. C'est la beauté de l'oeuvre qui me donne cette envie là. Alors être dans la hâte du moment, mais pas trop, donc de se calmer quand même un peu pour faire exactement ce qu'on veut. Je bois sûrement toujours un peu trop de café. J'essaie de ne pas en prendre trop.

Y a-t-il un concert spécial dont vous vous souvenez en particulier ?

Peut-être notre dernier opéra de Rameau, qui est «Les Boréades», ce chef-d'œuvre absolument incroyable d'un homme qui a quand même 80 ans. Moi je suis éberluée de voir cette musique d'une extraordinaire vitalité chez un homme de cet âge là, si déterminé dans ce qu'il écrit, et avec l'orchestre que je sens amoureux de ça. C'est cette dernière production de Barrie Kosky qu'on a donné à l'Opéra de Dijon. Ça c'est vraiment un magnifique souvenir pour moi.

 

How does the role of the conductor evolve, also depending on the repertoire?

The role of conductor in my repertoire is very particular. I am a harpsichordist. I played in the orchestra, I still play in the orchestra most of the time. So, it's a slightly different role, I guess, when you both play an instrument and conduct, because you are a musician among other musicians. When we think of Monteverdi's operas where in fact there is no conductor, which means that you have to coordinate, organize and basically, you have to not conduct. There is have a large continuo group with lots of people improvising, so yes, there need to be someone who coordinates this collective improvisation, to the point of letting it happen. So this is a role of let's say «non-conductor». All the same, we're still captain of the ship. We eventually chose the repertoire, the program, the distribution, we organized the rehearsals, we need to lead these processes. So, certainly, we lead a project from one end to the other and at the same time, we are also musicians amongst other musicians, and this, I think, creates a relationship between equals, talking about this particular aesthetic. If we go towards a later repertoire, we know that Rameau directed the stage rather than his orchestra. He had people whom he could count on. So the role of the conductor has been constantly evolving. In my opinion, this role will certainly continue to exist, but it is multifaceted. If we talk about operas, with people far away from each other on stage, in a very deep orchestra pit, for example, you absolutely need a conductor, that's for sure.

Being a musician amongst musicians - does that mean that you can create a special relationship of trust?

It has always been a relationship of trust, so I can't say that it was a relationship that changed. We also have a lot of chamber music projects. So we alternate. Sometimes there are two violinists, the concertmaster and one of the first violins. It also creates very different relationships. We think a lot about the repertoire and each one has its particularity in terms of musicological research, which I share with pleasure. We have a huge background of repertoire that enriches us and deepens our work.

What gives you the special motivation before going on stage?

I would say that it is the joy that stimulates me. The desire to share that collectively
with all artists present who each have slightly different motivations and reasons, and then suddenly we're bringing together all of these energies in the performance. It's the beauty of the work that gives me that joy. So, be in the eagerness of the moment, but not too much, so to calm down a little in order to do exactly what we want. I'll probably always drink a little too much coffee. I do try not to drink too much.

Is there a special concert you remember in particular?

Perhaps our last opera by Rameau, which is «Les Boréades», this absolutely incredible masterpiece by a man who is 80 years old. I am amazed to see this music of such an extraordinary vitality, by a man of this age, so determined in what he writes, and I feel the orchestra being in love with it. It was this most recent production by Barrie Kosky that we gave at the Dijon Opera. This is really a wonderful memory.