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19 June 2013

Cinéma: les yeux et les oreilles

von Philharmonie Luxemburg

The Artist (sorti en 2011 et projeté la saison prochaine à la Philharmonie) a démontré qu’il était encore possible de faire un film sans paroles au 21e siècle. Mais a-t-il jamais été possible de faire un film sans musique? Quel rôle joue-t-elle exactement?

L’histoire retient une théorie − dont certains doutent − sur la rencontre entre la musique et le cinéma: l’accompagnement musical aurait eu pour rôle premier de couvrir les bruits du projecteur. On peut tout de même espérer que le réalisateur de L’Assassinat du Duc de Guise avait des projets autrement plus importants pour la musique lorsqu’il demanda à Camille Saint-Saëns de composer la première bande originale de l’histoire du cinéma. Mais cette commande fait figure d’exception. Dans la majorité des cas, les musiciens accompagnaient chaque scène par des thèmes qui collaient à la situation présentée à l’écran. Pas de continuité dans la musique donc, mais des morceaux piochés dans des catalogues afin de faire vibrer personnages et spectateurs à l’unisson.

Il s’agit là d’un des rôles principaux de la musique: faire vibrer, exalter les émotions, voire les influencer. Dans Les Dents de la Mer, si l’on tremble avant même de voir le requin, c’est grâce aux angoissants violons. Une fois qu’on a vu la bête, on rit tant elle est de grossière facture mais la peur est bien là.

Un internaute note également que, dans Psychose, «lorsque Marion Crane conduit sous la pluie, dans la nuit, il y a une synchronisation très précise de la musique de Bernard Herrmann avec le mouvement des essuie-glaces. Visuellement, il n'y a rien de spectaculaire dans cette scène, comme l'a très bien fait remarquer le compositeur. En effet, sans cette musique qui engendre un sentiment de panique, Marion pourrait tout aussi bien se rendre au supermarché, au lieu de fuir un crime.»

La musique a également le pouvoir d’influencer le rythme du film. Jacques Audiard a abordé le sujet avec Télérama. «Pendant la première projection de travail d'Un prophète, j'ai eu le sentiment d'étouffer, tout était contracté, ramassé, j'ai demandé à Alex[andre Desplat] d'écrire une musique pour détendre tout ça, pour ralentir l'action, le contraire de ce que je fais d'ordinaire...»

On sait qu’on a atteint le mariage parfait entre le film et la musique quand on ne peut penser à l’un sans penser à l’autre. On pourrait aller jusqu’à dire que la réussite d’un film – et il n’est pas question ici de réussite commerciale – dépend de l’adéquation entre ces deux arts, d’où l’importance de la compréhension et la connivence totales entre réalisateur et compositeur. La complicité la plus célèbre est évidemment celle qui lie Steven Spielberg et John Williams. Ce qui fait Indiana Jones, c’est autant son chapeau et sa veste en cuir que la musique triomphale qui accompagne ses exploits.

Mais nous n'allons pas entamer ici une étude approfondie et une rédaction de thèse à ce sujet. Le mieux si vous voulez vous en apprendre plus, c’est encore de visiter l’exposition «Musique & cinéma: le mariage du siècle?» à la Cité de la Musique à Paris (jusqu’au 18 août). Les nombreux exemples vous permettront de mieux cerner tous les éléments qui lient le 4e et le 7e art avant, pendant ou après un tournage.

 

-- Julie