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03 August 2018

Justarrived@OPL – Ryoko Yano

von Saskia Müller

Ryoko Yano fait partie des trois musiciens de l’OPL confirmés par l’orchestre depuis la fin de la saison dernière. Profitez de notre série Justarrived@OPL pour rencontrer ces nouveaux membres !

Vous venez d’être titularisée après votre période d’essai. Y avait-il un moment qui était particulièrement émotionnel pendant cette période ?

Oui, quand les collègues m’ont montré l’appréciation qu’ils avaient pour moi, c’était très touchant et ça me motivait encore plus. Un autre moment, c’était par exemple quand je voyais le directeur musical Gustavo Gimeno venir spécialement à l’hôtel des musiciens pour boire un petit verre ensemble, j’ai trouvé ça très gentil de sa part. Jusqu’à présent je n’ai pas fait beaucoup de tournées donc pour moi c’était la première fois que je voyais le chef partager un moment avec les musiciens après le concert en tournée.

Avez-vous vécu un concert pendant la période d’essai que vous avez spécialement apprécié ?

J’ai beaucoup aimé les concerts avec Anja Harteros à Baden-Baden et Essen et je suis donc très contente qu’elle revienne la saison prochaine. Sinon j’ai beaucoup apprécié le concert avec Paavo Järvi, c’était une petite semaine de grand bonheur !

Quand avez-vous entendu parler de l’OPL pour la première fois ?

Je crois que c’était en 2004.

Déjà ?

Oui, en 2004 j’étais encore au Conservatoire de Paris et j’ai vu une affiche de recrutement de l’OPL. Donc c’était là que j’ai vu qu’il y avait un orchestre au Luxembourg, ça date de il y a 14 ans … wow ! Puis je me suis présentée à un concours de l’OPL pour la première fois en 2010 pendant une tempête de neige, et je suis venue pour la première fois pour faire un remplacement à la fin du mois de mars 2011 et j’ai enchaîné presque trois mois de suite.

photo: Alfonso Salgueiro Lora photo: Alfonso Salgueiro Lora

Je suis alors restée pendant trois mois et quand je suis rentrée à Paris, ça faisait très bizarre (elle rit).

Donc déjà à l’époque, vous vous êtes sentie bien à l’aise à l’orchestre ?

Oui, bien que je n’avais encore quasiment jamais joué dans un orchestre. J’avais un tempérament inadéquat par rapport à ce qu’on demande dans un groupe d’orchestre parce qu’à l’époque, je faisais surtout des concertos et des récitals. De passer de l’un à l’autre, ce n’est pas toujours facile. Ce sont deux métiers complètement différents et moi, je ne savais pas faire la différence. Bien sûr que j’ai quand même essayé de faire le mieux. Après, j’ai commencé à travailler dans un autre orchestre où je suis restée pendant 3 ½ ans, j’ai appris ce qui est important pour un musicien de l’orchestre.

Quelles pièces avez-vous joué pendant votre concours ?

Le 1e mouvement du Concerto de Mozart en la majeur et le Concerto de Tchaïkovski.

Avez-vous un conseil pour les musiciens qui sont en période d’essai ? Que faut-il faire pour réussir ?

Alors je viens juste d’avoir mon stage, donc je ne suis pas tout à fait sûre, mais il faut bien montrer qu’on est capable de jouer aussi bien que pendant le concours qu’on a gagné, voire mieux, et puis je pense qu’il faut s’adapter à l’environnement, s’intégrer dans le groupe. Je crois que c’est l’essentiel. Après, il y a des aspects humains, mais en tout cas je pense qu’il vaut mieux être sympathique qu’insupportable (elle rit).

Pourquoi avez-vous choisi le violon comme instrument ?

À 4 ans et demi, j’ai regardé la télé et il y avait un gamin qui jouait du violon et je disais à ma mère : Maman, je veux le faire ! Et c’est comme ça que j’ai commencé.

C’était qui que vous avez vu à la télé ?

Je ne sais plus, c’était un programme musical. Je me rappelle juste d’enfants tous petits, je ne sais plus du tout ce qu’ils jouaient, mais ça m’a intéressée, j’étais curieuse à l’époque – d’ailleurs, je le suis toujours (elle rit). Je faisais de la danse classique à 3 ans, à 4 ans j’ai commencé le violon, puis à 5 ans j’ai commencé le piano que j’ai arrêté à 7 ans et repris à 13 ans pour passer le concours d’entrée au conservatoire. Et sinon je faisais un peu de natation, un peu d’art martiaux, je faisais un peu de tout en fait.

Et à la fin c’était le violon la grande passion ?

Ce n’est même pas sûr en fait (elle rit), disons que je n’ai pas vraiment choisi. Quand j’avais 12 ou 13 ans, je me suis présentée à un concours international, c’était Tchaikovsky Junior à Sendai. Je m’y suis présentée parce que c’était au Japon. C’était ma professeure de l’époque qui voulait absolument que je participe et c’était la première fois que je travaillais plus sérieusement sur un répertoire. À l’époque, le violon c’était un loisir pour moi, pas plus. Je savais que je jouais plutôt pas mal, mais après ce n’était pas mon but de devenir violoniste professionnelle. Quand ma professeure m’a parlé du concours, d’abord je ne prenais pas au sérieux l’idée. Dans ma famille, on ne savait même pas que des concours de musique existaient – entre-temps, ça a bien changé (elle rit).

photo: Alfonso Salgueiro Lora

Mais ensuite je m’y suis mise sérieusement et j’ai passé de moins en moins du temps à faire les devoirs par exemples. Donc le violon, ça commençait à monter parce que je travaillais beaucoup plus qu’avant, mais par contre au collège, c’était une chute importante. Quand on rate trois mois de mathématique, c’est un peu compliqué à se rattraper. À un moment, je me suis donc dit : Maintenant je fais le violon mieux qu’autre chose, je vais peut-être faire ça du coup (elle rit).

Y avait-il un musicien ou un artiste qui vous a impressionné particulièrement ?

Il y en a beaucoup ! Quand j’étais petite, c’était Itzhak Perlman. Après, c’était mon professeur Jean-Jacques Kantorow et je suis allée à Paris parce qu’il y enseignait. Au début, je ne savais pas qu’il était professeur – dans ma tête c’était quelqu’un qui passait à la télé tout le temps, c’était l’équivalent d’une superstar de film.

Sinon il y avait un professeur de piano, Mikhail Voskressensky, j’assistais à quelques-uns de ses cours. C’était des cours avec des élèves de très haut niveau, mais parfois ils avaient quelques petits soucis techniques. Il leur disait : Il faut juste être bien assis, détend-toi, mets les mains, et ça marche. Et je me suis dit : Tiens, en fait c’est vrai. Il ne faut pas compliquer les choses. Au-delà, Tibor Varga m’a aussi marqué, il était un grand violoniste qui était le fondateur de l’Académie de Musique de Sion et qui est décédé en 2003. Je l’ai rencontré en 2000, je faisais des master class et j’ai suivi ses cours pendant deux semaines. Apparemment, il me disait pas mal de choses méchantes, mais à l’époque je ne comprenais pas du tout les nuances de l’anglais donc je comprenais juste exactement ce qu’il disait et je ne savais pas lire entre les lignes – toutes les ironies par exemple. Après, des amis à moi m’ont demandé si ça allait et j’ai répondu : Oui, pourquoi ? Parce qu’il était méchant ! Ah bon ? Heureusement que je ne comprenais pas très bien les nuances. Bref, cet artiste, il était incroyable, en partie sûrement parce qu’il a rencontré tous les compositeurs du XXe siècle – quand j’ai amené la Sonate pour violon solo de Bartók par exemple, il me disait : « Bartók m’a dit… » et là tu te dis : Ah, il faut que je note alors (elle rit).

Y a-t-il quelque chose en particulier que vous aimez à Luxembourg ?

L’OPL (elle rit). Et le chocolat !