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03 December 2019

the art of conducting | Jordi Savall

von Tiffany Saska
 

[English version below]

Du maestro despotique à l’ami des musiciens – l’image du chef d’orchestre est-elle en train de changer?

Je pense qu’il y a toujours eu des chefs d’orchestre plus autoritaires, plus despotiques et des chefs d’orchestre plus dialoguants. Mais c’est vrai que dans une grande symphonie, dans un orchestre symphonique, il faut quand même avoir une certaine autorité, un certain tempérament pour contrôler une centaine de musiciens qui sont tous des virtuoses et des gens très doués.
C’est autre chose dans le domaine de la musique ancienne, où souvent, le musicien qui dirige joue aussi du clavecin, ou du violon, ou de la viole de gambe. Là il y a un autre rapport qui s’établit. Mais on a dans la musique ancienne aussi des chefs très autoritaires et des chefs qui sont plus dialoguants, c’est une question de tempérament.
Moi je fais partie des chefs qui pensent que l’on obtient toujours le meilleur des musiciens quand les musiciens sont bien respectés, quand on leur fait confiance. C’est essentiel que l’on sente que le résultat de la musique qu’on va faire dépend de chaque musicien, que chaque chanteur soit bien engagé dans l’objectif que l’on cherche tous.

Comment cela influence votre travail avec les musiciens?

J’ai des musiciens qui jouent ce soir, qui jouent avec moi depuis 1975 et des musiciens qui sont plus jeunes, qui ont été des élèves, des chanteurs qui ont chanté aussi depuis une dizaine, une vingtaine d’années donc il y a une relation qui est presque de famille avec ces musiciens avec lesquels on se connaît depuis très longtemps. On est comme des amis, on est comme des personnes avec lesquelles on a une relation très profonde et néanmoins on a une relation aussi professionnelle très forte basée sur l’expérience de beaucoup de concerts et beaucoup de situations.

Pensez-vous qu’un jour la position du chef d’orchestre sera dépassée?

La figure du chef d’orchestre se justifie quand il y a des œuvres qui ont une certaine complexité au niveau de la structure de la musique, au niveau de la complexité des rythmes, des participations des groupes vocaux, instrumentaux. On sait qu’à l’époque de Beethoven même une symphonie de Beethoven était dirigée par le premier violon. Mais aussi quelques années plus tard, on en a quand même eu besoin parce que ce sont des pièces très complexes avec beaucoup de changements rythmiques, beaucoup de structures.
D’avoir quelqu’un qui a la vision d’ensemble je pense que ça c’est quelque chose qui existera toujours, qu’on ait besoin de quelqu’un qui harmonise tous les points de vue et qui cherche à avoir une homogénéité dans le travail, dans la construction et dans la conception de l’interprétation. Mais je pense qu’aujourd’hui, le chef d’orchestre auquel on s’attend, c’est un chef d’orchestre qui stimule un musicien à donner le meilleur de lui-même.
Je dis toujours que l’autorité, ce n’est pas le chef d’orchestre qui l’apporte, ce sont les musiciens qui nous donnent l’autorité en reconnaissant un savoir, une recherche, un travail de préparation, une connaissance de la musique. C’est ça qui fait qu’un chef d’orchestre peut avoir une certaine autorité. Il est capable de décider quel type d’articulation convient le mieux à la musique, quel type de dynamique, quel tempo, cet ensemble d’informations fait que le chef d’orchestre peut à un moment donné dire «Non, mais attention le tempo juste, ce serait ça, ou l’articulation ici, il faut la faire plus détachée, ou l’archet, il faut qu’il soit plus près de la corde.» Il y a beaucoup de choses techniques, c’est pourquoi un bon chef d’orchestre doit être aussi un bon connaisseur de la technique des instruments d’archet et des instruments à vent.

Comment trouvez-vous votre énergie avant d’aller sur scène?

C’est toujours un moment extraordinaire ! C’est le moment dans lequel on se met à 100 %, même 150% au service de la musique pour que la musique devienne la plus belle possible, devienne la plus expressive, la plus intéressante.
Il y a toujours un dialogue avec le public. On sent tout de suite quand on entre dans une salle de concert, on sent quel type de public il y a. Par le silence ou par l’écoute, quelquefois même par les regards. Même si c’est sombre, on les voit quand même et on les sent. J’ai fait souvent l’expérience dans ma vie de voir quatre ou cinq concerts de suite avec le même programme, préparés de la même manière et avoir des soirées complètement différentes.

Y a-t-il un concert particulier que vous n’oublierez jamais?

Oui, j’ai un concert spécial que nous avons fait à Jérusalem sur l’histoire de Jérusalem. Un concert dans lequel nous commençons par les trompettes de Jéricho, après on a les chants de l’Apocalypse avec chants juifs, chrétiens et arabes.
Après on a le Jérusalem du Roi David, après le Jérusalem des Croisades, puis le Jérusalem arabe et turc, le Jérusalem de l’exil et de l’asile et on a fait là des chants arabes, juifs merveilleux. Il y avait une atmosphère absolument incroyable et c’est un concert que je n’oublierai jamais.



From the despotic maestro to the friend of musicians – is the image of the conductor changing?

I think there have always been more authoritarian conductors, more despotic and more dialoguing conductors. But it’s true that in a great symphony, in a symphonic orchestra, you do need a certain authority, a certain character to control a hundred of musicians who are all virtuosos and highly talented people. Another thing is in the field of ancient music, often the musician who is conducting is also playing the harpsichord, or the violin, or the viol. This establishes a different relationship.
But we also have conductors in ancient music that are very authoritarian and conductors that are keener to dialogue, it’s a matter of character.
I am part of those who think that we always get the best out of the musicians when they are being respected, and trusted. It’s essential that we feel that the outcome of the music we are making depends on every musician, every singer, and that they are committed to the goal we all want to reach.

How does this influence your personal situation as conductor?

I have musicians with me tonight who have been with me since 1975 and younger musicians who were once my students, singers who have been singing for 10, 20 years... so there is a relationship almost like in a family with these musicians who I’ve known for a very long time. We are like friends, we all have a very deep relationship, but still we also have a very professional relationship based on the experience of many concerts and many situations.

Do you think that someday the position of conductor will be outdated?

The role of the conductor is justified when there are pieces with a certain complexity regarding the musical structure, the complexity of rhythms, of participation of vocal groups, instrumental groups. We know that in Beethoven’s time, even one of his symphonies was conducted by the first violin. But also a few years later we needed the conductor because those are very complex pieces, with many changes of rhythm, a lot of structure.
Having someone with the general overview is something that will always exist I think, we need someone to harmonize all the points of view and seeking uniformity in the work, in the construction and in the conception of the interpretation. But I think that today, the conductor we expect, is the one that can stimulate a musician to give the best of himself.
I always say that the authority isn’t brought by the conductor, but it is the musicians that confer us authority by recognizing a knowledge, a research, a preparation work, a musical knowledge. That’s what gives conductors a certain authority. He is able to decide what sort of articulation fits the music best, what type of dynamic, what tempo, this set of information allows the conductor to say at some point «No, but the right tempo would be this, or the articulation here should be more detached, or the bow needs to be closer to the string.» There are a lot of technical things, which is why a good conductor should also know a lot about the technique of strings and wind instruments.

How do you find the energy before going on stage?

It’s always an extraordinary moment! It’s when you feel that you are a 100 %, even 150% at the service of the music so that the music can be as beautiful as possible, as expressive as possible, and as interesting as possible.
There’s always a dialogue with the audience. We directly feel when we enter a concert hall what type of audience there is. Through the silence or through listening, sometimes even by the looks. Even if it’s dark, we still see them and we feel them. I experienced many times in my life four or five concerts in a row with the same program, prepared in the same way, and have totally different concert evenings.

Is there a special concert you will never forget?

Yes, there is a special concert we did in Jerusalem about the history of Jerusalem. A concert in which we start with the trumpets of Jericho, then we have the song of the apocalypse with Jewish, Christian and Arabic songs. Then comes the Jerusalem of King David, then the Jerusalem of the Crusades, then the Arabic and Turkish Jerusalem, the Jerusalem of exile and asylum and we did wonderful Arabic and Jewish songs. There was an absolutely incredible atmosphere and it’s a concert I’ll never forget.