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18 août 2021

Sonorités douces et chaudes | Conversation avec Maurice Clement

von Charlotte Brouard-Tartarin

Que signifie pour vous être organiste titulaire de l’orgue de la Philharmonie Luxembourg, poste que vous occupez depuis 2007 ?

Tout d’abord, d’un point de vue technique, je suis l’intermédiaire entre l’orgue et son facteur. Quand l’instrument a de « petits bobos », c’est moi qui les décèle, je fais donc en sorte d’être sa « voix » pour que le facteur puisse être prévenu et intervenir.
D’un point de vue musical ensuite, l’idée d’avoir un organiste titulaire date des premières années de l’instrument car, en dehors de la programmation de la Philharmonie, il était très sollicité lors de visites officielles ou privées pour découvrir cette toute nouvelle salle. À ces occasions, la volonté était de proposer aux participants d’entendre des improvisations à l’orgue pour qu’ils puissent se rendre compte de l’acoustique de la salle, des possibilités techniques de l’instrument, de ses différents jeux mais aussi pour leur offrir des moments par définition uniques, qu’ils ne pourraient pas entendre ailleurs.
Actuellement, mon rôle est multiple et englobe tout ce qui touche à l’orgue de la Philharmonie (conseil, présentation de l’instrument, concerts en récital ou avec orchestre…). Personnellement, pour moi qui suis comme tous les organistes souvent esseulé dans une tribune, ces concerts m’ont beaucoup aidé car ils me permettent de me confronter à la scène et à un contact et des échanges beaucoup plus directs avec le public.

 
 

Quel est votre souvenir le plus marquant en lien avec l’instrument ?

Il est difficile d’en choisir un seul car pour moi chaque prestation à la Philharmonie est un événement, qu’elle dure quelques minutes ou tout un récital. Mais si je devais tout de même en citer un, ce serait probablement l’enregistrement réalisé en 2019 sur cet orgue, aux côtés du trompettiste solo de l’Orchestre Philharmonique du Luxembourg Adam Rixer. Enregistrer permet de passer beaucoup de temps avec l’instrument, de chercher pendant de longs moments de nouvelles sonorités. Car il faut que le Grand Auditorium soit disponible, j’y étais souvent de nuit, l’ambiance est alors presque magique !

Vous avez joué sur de nombreux orgues à travers le monde, quelles spécificités présente celui de la Philharmonie ?

Avec ses 6.768 tuyaux, l’orgue Schuke de la Philharmonie est l’un des plus grands d’Europe. Mais malgré ses dimensions, il reste d’une extrême clarté et convient parfaitement aussi à des œuvres de musique de chambre par exemple. Grâce à l’acoustique exceptionnelle de la salle et à un temps de réverbération très court, incomparable par rapport à une église, on peut en entendre les moindres détails. Selon moi, le point fort de cet orgue sont ses sonorités douces et chaudes, obtenues techniquement par des doubles boîtes expressives : les tuyaux sont installés dans des caisses dont l’organiste peut choisir d’ouvrir de petits volets. Un orgue de cette taille est forcément placé dans un grand édifice mais il est inhabituel que le résultat sonore soit aussi précis. Je redécouvre le grand répertoire lorsque j’en joue.


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Photos Alfonso Salgueiro Lora / Sébastien Grébille

Au-delà du répertoire et de la fonction liturgique, quelles sont les différences entre un orgue d’église et un orgue dans une salle de concert ?

Bien qu’on associe régulièrement orgue et église, l’instrument n’est pas né avec l’édifice religieux puisqu’il a plus de 2200 ans. Ce n’est que vers l’an 1000 qu’il en est devenu un élément constitutif. L’orgue a donc un passé et un futur en dehors de l’église. Au 19e siècle, notamment dans l’Empire britannique, des orgues gigantesques sont érigés dans des salles comme des Town Halls, pour tenir le rôle d’« orchestre du pauvre » : l’orgue reprenait souvent en matinée le concert ou l’opéra de la soirée précédente, joué lui par un orchestre, et rendait ainsi le répertoire accessible au plus grand nombre pour un moindre coût.
Dans une salle de concert, l’approche de l’orgue est beaucoup plus variée que dans une église puisqu’elle n’est effectivement pas liée à la liturgie.

En plus de vos concerts, vous menez également des visites de l’orgue. Quel est selon vous l’intérêt de telles actions pédagogiques ?

Pour le monde de l’orgue, le défi actuel est d’estomper l’association de l’instrument à l’église et de combattre un certain manque d’intérêt étroitement lié à la baisse de la pratique religieuse. Il s’agit pour les jeunes de leur faire découvrir l’orgue et pour les adultes d’effacer de mauvais souvenirs associés à la messe.
Les enfants et les adolescents qui participent aux activités de la Philharmonie, mais aussi les adultes qui connaissent le Grand Auditorium, perçoivent d’abord l’instrument comme un élément décoratif, qui fait partie de l’identité de la salle et lui permet d’être identifiée et reconnue.
Ils n’ont cependant pas eu souvent la chance de l’entendre, aussi sont-ils émerveillés et surpris de découvrir lors d’une visite ses quatre claviers, son pédalier… Il est très important d’en développer également une approche ludique, pour en faire oublier l’aspect sérieux et solennel. On a moins peur d’un instrument qu’on connaît !

Que peut-on souhaiter à l’orgue pour les 15 ans à venir ?

On peut lui souhaiter la même chose qu’à la musique en général, tout d’abord qu’il survive ! Tout ce qui concerne la musique est exacerbé pour le petit monde de l’orgue, qui était déjà dans une sorte d’enclave. Mon premier vœu serait que l’intérêt pour l’orgue se maintienne et que nous parvenions à surprendre en permanence le grand public avec cet instrument qui a tant de choses à nous faire (re)découvrir.


Interview réalisée par téléphone le 12.10.2020